L'enfant autiste et les apprentissages

Face aux apprentissages, l’enfant autiste présente des spécificités dont il faut tenir compte.

Hypermnésie sans tri des informations - Pas de liens

Beaucoup d’enfants autistes sont hyper-mnésiques et sont capables d’apprendre des informations de manière impressionnante. Mais contrairement aux neurotypiques, l’enfant autiste apprend sans trier les informations. Il ne comprend pas le lien implicite qui unit deux concepts entre eux.

Par exemple, s'il peut comprendre le lien implicite qui relie les mots "fourchette" et "couteau" (sans être forcément capable de le formuler), c'est beaucoup plus difficile pour lui de comprendre celui qui unit les deux mots "générosité" et "patience".

Par conséquent, il y a un certain désordre dans son cerveau et une grande difficulté à restituer rapidement ce qu’il a appris. Il ne sait donc pas tirer les bons tiroirs de manière rapide pour aller récupérer les informations qu'il a stockées.

Que faisons-nous quand nous déménageons ?

Imaginons que, lors d’un déménagement, nous accumulions toutes nos affaires dans des cartons sans les trier par catégories. Si nous avons ensuite besoin de quelque chose, il sera très difficile de la retrouver rapidement. Et cela nous mettra dans un état de stress pas confortable, surtout si nous sommes pressés.

Ce stress là, l’enfant autiste le vit quarante fois par jour. Il est constamment en train de rechercher dans sa mémoire, de manière assez maladroite, l’information dont il a besoin à un instant T. D'où sa lenteur de traitement.

Laissons à l'enfant le temps nécessaire pour chercher l'information

L’adulte n’est souvent pas conscient de cela et peut, par exemple, lui poser une question, pour l’aider, à un moment où il est en pleine recherche. L'enfant doit alors abandonner sa recherche pour répondre à la question qu’on lui pose. Qui sait, aussi, si l’enfant n’a pas la réponse qu’il recherchait... mais une demi-heure après !

L' enfant autiste peut apprendre à catégoriser

Trier les informations au moment où il les stocke demande un effort et n’est pas spontané chez l’enfant autiste. Mais si on ne lui apprend pas à le faire, il ne le fera pas spontanément de lui même.

Les apprentissages à l'école : un travail de mémoire

Forte de mon expérience de plus de 15 ans en logico-mathématique (avec la formation GEPALM et COGI-ACT), en observe les enfants souffrant de troubles logico-mathématique et en guidant l’apprentissage de mes petits patients autistes, je vois que l'école souffre d'un profond malaise... 

L’apprentissage en général tel qu'il est enseigné à l'école incite les enfants à apprendre par cœur. Nous avons de plus en plus d’enfants venant en orthophonie pour des difficultés de concentration (en maternelle), de compréhension en lecture (en CP) et  dans les mathématiques (en CE1).

Nous avons toujours le même tableau clinique :

Pas de réflexion et une pensée intuitive.

Beaucoup d’impulsivité : l’enfant agit avant de penser.

Une absence d’autonomie et un comportement immature

Ces enfants sont très angoissés et vont consulter leur médecin pour des maux de tête, des maux de ventre, une phobie scolaire. Ils sont décrits comme des enfants ne tenant pas en place, hyperémotifs, consommateurs d'écrans...

(Petit aparté entre nous : ce malaise à l'école se traduit par un manque d'autonomie chez le jeune adolescent de 13 ans qui se montre incapable d'interpréter un texte, parce qu'il n'en comprend pas l'implicite, ne fait pas de liens. Ce jeune de 13 ans sera l'adulte de demain qui ira voter, influencé par les médias. Où est la démocratie dans tout ça ?) 

La mémoire pure (sans liens) est un disque dur avec une capacité de stockage limitée

Si nous revenons à notre enfant autiste hypermnésique, celui-ci ne se prive donc pas d’apprendre par cœur. C’est tellement facile pour lui !

En CP-CE1 cela s’avère payant. Mais la capacité de stockage au niveau mémoire pure est limitée. Il ne faut pas trop la charger.

Il ne faudrait y stocker que des informations pour lesquelles on ne peut pas faire autrement (exemple : numéros de téléphone, digicodes de portes... ). D’autre part, elle n’est pas fiable sur du long terme.

Mémoriser sans liens entretient la dépendance et le stress

Si l’enfant n’apprend pas à trier ses informations, plus il grandit, plus il apprend d'informations et plus il aura de mal à aller les récupérer. La société va alors donner à l’enfant une aide appelée A.V.S. qui va lui indiquer (sans s'en rendre compte) les liens nécessaires pour récupérer les informations. L'enfant n’est donc pas autonome.

Plus nous donnons des liens à l’enfant (sans lui laisser la possibilité de les créer lui-même), plus nous le mettons dans une situation de dépendance.

L’enfant stressé à l’école va l’être partout dès qu’il se retrouve dans un situation nouvelle qu’il ne maîtrise pas bien. Cet enfant sera le même plus tard qui ne sait pas tirer une loi à partir de ce qu’il manipule. Faire des déductions sera très compliqué pour lui.

La tablette conditionne et empêche la réflexion

Il est pourtant possible d'apprendre à l'enfant autiste dès son plus jeune âge à trier les informations qu'il mémorise pour pouvoir l'aider à créer spontanément des liens entre elles, faire des déductions, tirer des lois, tenir des raisonnements et être autonome.

Le tri des informations s'apprend, les associations d'idées sont accessibles à l'enfant autiste, comme pour n'importe quel autre enfant, pourvu qu'il ne soit pas conditionné à zapper sur une tablette numérique.